

Pendant très longtemps, si on me demandait quel livre emporter sur une île déserte, sans hésiter, je répondais : Dalva de Jim Harrison. Chef-d’œuvre absolu de la littérature américaine ! Aujourd’hui, sans hésiter, j’emmènerai Betty. Ce livre m’a enchantée et bouleversée, si fortement que j’arrive difficilement à en parler. Pourtant, j’ai envie de partager ce bijou de 700 pages. J’ai envie de l’offrir à tous mes amis. J’ai envie que tout le monde le lise. Et tout le monde peut et doit le lire ! Ce livre est une merveille ! Il m’accompagnera toute ma vie comme l’a fait Dalva jusqu’ici.
Poignant et bouleversant, c’est l’histoire d’une famille de huit enfants, le père est indien Cherokee et la mère est blanche. Marginalisés par le racisme de l’époque (1961), cette famille vit aux confins de la société blanche, dans une petite ville de l’Ohio. Après quelques errances dans plusieurs provinces étatsuniennes, cette tribu s’installe enfin. Les enfants vont à l’école et le père trouve des petits boulots pour tenter de nourrir tout ce monde. Sans cesse confrontés au racisme, soit le père soit les enfants sont rejetés, harcelés. Heureusement, le père puise dans la culture Cherokee la sagesse et le merveilleux qui consolent. Il invente des histoires qui apaisent la honte et la rancœur.
« Mais Betty s’en fout. Elle a plein de pouvoirs magiques pour se défendre. Plein de refuges secrets au fond du jardin paternel pour se consoler de toute cette méchanceté. »
Dominique Dorsaz
On suit principalement l’enfance et l’adolescence de Betty, Petite Indienne. Sixième de cette fratrie, elle est la seule qui a hérité de la peau foncée des indiens Cherokee. À cause de sa couleur de peau, elle sera continuellement malmenée par ses professeurs et les autres élèves. Mais Betty s’en fout. Elle a plein de pouvoirs magiques pour se défendre. Plein de refuges secrets au fond du jardin paternel pour se consoler de toute cette méchanceté. Un de ces pouvoirs magiques consiste à écrire les secrets trop lourds à porter. Elle les écrit et les enferme dans des bocaux qu’elle enterre dans le jardin.
Elle possède également le don d’écouter les autres. Sa mère se confie à elle et lui raconte les abus qu’elle a subis. Betty voit des choses que les autres ne perçoivent pas. Chacun des membres de cette tribu est centré sur lui-même et sa propre survie. Sauf Betty, elle voit tout, surtout ce qu’elle ne devrait pas. Ce sont les secrets et les non-dits qui cimentent cette famille. Betty est la seule à tout connaître de ses frères et sœurs. Elle devient la mémoire collective, mais un jour les bocaux ne suffisent plus à contenir l’histoire familiale. Son destin d’écrivain est tracé.
Je pourrais citer des phrases entières pour vous dire à quel point ce roman est bien construit. Mais non ! Il faut lire ce livre ! Tant d’aspects différents le constituent ! Les dons de guérisseur du Père qui connaît les plantes et invente des tisanes guérissantes. La solidarité des trois sœurs qui rêvent d’un avenir féminin loin de leur mère. La folie de la mère et son autorité. Les jeux des enfants, les trois plus petits, on se croirait dans ce merveilleux roman Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Et puis l’amour des parents. Malgré tout ce qu’ils endurent, ces deux-là s’aiment du vrai amour. Ce roman est violent mais sans complaisance, amer comme la vie, doux comme l’amour… Fort comme la mort !
Information sur le livre :
Betty, McDaniel Tiffany, Gallmeister,
720 pages, ISBN 9782351782453